TOUSSAINT

Au cours de la messe, après la consécration du pain et du vin, nous acclamons Jésus présent en chantant : « Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire ». Nous attendons la venue du Christ à la fin des temps lorsqu’il rassemblera tous ses frères en humanité, ressuscités et transfigurés à son image, pour les  conduire au Père. Que sera cette fin des temps, cet accomplissement de l’histoire humaine ? Le livre de l’Apocalypse qui signifie dévoilement, lève pour nous le voile de l’histoire. La fin y est décrite comme une fête grandiose : l’humanité réconciliée et sauvée sera cette foule innombrable de toutes nations, peuples et langues, rassemblée pour un  bonheur sans mélange. Alors la volonté de puissance qui divise les nations, la guerre qui meurtrit les peuples, l’intolérance, la torture et l’écrasement des faibles qui déchirent notre cœur aujourd’hui auront cessé. Comme nous attendons avec impatience ce jour promis ! C’est aussi ce que nous annonce la lettre de Jean : dans le face-à-face avec Dieu au terme de l’histoire, chaque homme et chaque femme se découvrira enfant de Dieu, pour sa plus grande joie. Oui, lorsque nous verrons Dieu même les incroyants et les athées en seront heureux parcequ’ils découvriront Dieu plus grand et plus beau que l’idée qu’ils s’en faisaient. Comme nous attendons ce jour où tous, nous verrons Dieu ! L’évangile des Béatitudes lève aussi le voile sur la fin des temps lorsque Jésus nous assure qu’alors les affamés de justice seront rassasiés, car Dieu ne les laissera pas sur leur faim ; que les miséricordieux recevront de Dieu miséricorde pour toute bonté et tout pardon donnés ; que les doux seront parvenus à vaincre par la non violence les exclusions, les ségrégations, les mépris dont sont victimes les faibles. Comme nous attendons avec impatience ce règne de paix, de justice et de miséricorde qui nous est promis. En nous révélant la fête et le bonheur de la fin de l’histoire, la fête de la Toussaint vient donner toute sa portée à notre cri en chaque eucharistie : Jésus, nous attendons ta venue dans la gloire !

 

Mais la fête de la Toussaint veut-elle seulement nous dévoiler le bout de l’histoire pour affermir notre espérance, ou ne cherche-t-elle pas davantage à tendre nos énergies en nous indiquant le but à atteindre ? Non pas se contenter d’attendre patiemment le bout de l’histoire, mais lutter et travailler d’arrache-pied pour atteindre ce but ? Car la sainteté nous habite déjà depuis notre baptême, non pas comme un état à la manière des statues dans les églises, mais comme un dynamisme qui nous fait marcher, par la grâce de Dieu, vers l’immensefoule de tous les saints.Déjà nous sommes enfants de Dieu, mais nous avons à le devenir en nous conduisant en fils et filles de Dieu souvent à contre courant de l’esprit du monde. Déjà nous connaissons le bonheur quand nous ouvrons notre cœur à plus pauvre que nous, quand  le pardon a le dernier mot dans notre vie, quand nous avons souffert pour faire avancer la justice. C’est parce que le but de l’histoire n’est pas rejeté dans un lointain fumeux, mais qu’il est le dynamisme actuel qui nous fait grandir, aimer et lutter, que la fête de la Toussaint vient galvaniser nos énergies pour hâter la venue du Christ dans sa gloire.

 

Comment le but de l’histoire peut-il être si présent dans notre vie qu’il soit le dynamisme qui nous fait agir ? C’est parce qu’il n’est pas une idée ou un rêve, pas seulement une espérance, mais qu’il est Quelqu’un. Le but de l’histoire nous habite parce qu’il est Quelqu’un, Jésus Christ, un homme de notre monde qui n’a pas survolé l’histoire puisqu’il a vécu une existence humaine faite, comme la nôtre, de travail, d’amitié partagée, d’incompréhension aussi de la part de son entourage. Une existence faite aussi de larmes au cimetière sur la tombe de son ami Lazare, faite de souffrance et de mort. Mais qui par sa résurrection au matin de Pâques est parvenu le premier au terme et au but de l’histoire. Il est le premier ressuscité, il est le premier-né d’une multitude de frères, lui qui attire à lui tous les hommes pour les conduire au Père, telle une foule immense de toutes nations peuple et langues.

 

Oui, Jésus, le but de l’histoire nous habite déjà depuis notre baptême ; il nous a parlé aujourd’hui quand la parole de l’évangile a atteint notre cœur ; nous le tiendrons en main au moment de la communion : celui qui est le bout et le but de l’histoire viendra faire corps avec nous quand nous le mangerons.

 

                                                                                              André Rebré (f.Ch.)